L’année nordique…la suite

25092011

Un retour brumeux, un retour pluvieux. Un retour automnal dans notre cher Nunavik, marqué par les avions qui sont constamment cloués au sol et un accueil qui porte de la chaleur dans le coeur, malgré le degré qui est à la baisse aussitôt les portes du petit aéroport franchies.

Nous avons quitté l’été, après une saison estivale reposante qui nous a permis de renouer avec notre véritable territoire. Amis, familles, voyage; la belle saison fut bien remplie, nous sommes cependant à l’heure de la reprise de contact avec une réalité de travail, une réalité qui n’en est pas une dans notre beau grand Nord.

Le soleil laisse place à la brume et aux nuages depuis notre retour. C’est avec grand plaisir que nous avons regagné notre petite maison bleue, constatant avec bonheur qu’on nous avait fait cadeau de rénovation (notez ici l’enthousiasme face à ce changement). Les petites têtes qui n’étaient pas présentes à l’aéroport (notre vol a pris près de 8 heures de retard) sont vite venues nous serrer la main, gravissant bruyamment les escaliers de métal de notre demeure. Des enfants, qui n’ont pas oublié leur français, des enfants qui ont pris plusieurs centimètres en si peu de temps, des enfants visiblement heureux de nous revoir; un moment de bonheur très réciproque, le sourire restant figé sur notre visage. Assise devant la fenêtre, le cœur en paix devant la beauté de la baie, d’un village.

Les nouvelles vont rapidement de maison en maison dans un petit village comme le nôtre. Nous avions eu écho, déjà dans notre longue attente dans le (spacieux?) aéroport de Kuujjuaq, de ce qui se passait à Kangirsuk. Avec si peu de surprise, nous avons appris que l’école (qui subissait de rénovation et agrandissement au cours de l’été) serait loin d’être prête pour la rentrée scolaire…Le retour au Nord, les retrouvailles avec l’imprévue.

L’imprévue scolaire nous a amené à faire de l’animation, du gardiennage, et du camping dans une toundra plus magnifique que dans les souvenirs pigés dans la dernière année. L’organisation typique du Nord était toutefois au rendez-vous, obligeant une nuit peu confortable où l’on pouvait compter 4 enseignantes et 6 fillettes cordées dans une tante inuit conçue normalement pour cinq personnes. Un souvenir de beauté et de moustique (intense celui-ci, car le filet était plus qu’obligatoire)niché au creux de notre tête, nous avons regagné notre village sous le soleil, en observant quelques phoques et un ours noir; le balancement du bateau a bercé des enseignants fatigués…

Près de deux semaines plus tard, deux semaines de travaux physiques afin de rendre notre toute nouvelle et magnifique école fonctionnelle, les élèves ont pu regagner les bancs. L’attente fut longue, pour eux, le corps enseignant et surtout les parents. Des élèves, en manque de stimulation, trouvant les journées longues ont pris goût au vandalisme pour passer le temps. Finalement, l’ouverture des portes a permis à nos chers moineaux de reprendre contact avec la structure scolaire et des enseignants motivés par la trop longue attente.

L’automne amène les gens à regagner le sud, les prospecteurs miniers sont repartis, emportant avec eux le bruit des hélicoptères et le matériel défigurant certaines parties de la toundra. Ils sont partis, laissant derrière eux des rumeurs de mines, de contamination et de changement (encore) du mode de vie des Inuits. Le plus petit village du Nunavik, Aupaluk, situé au sud de Kangirsuk et comptant 150 âmes sera bientôt envahi par près de 2000 blancs, venant créer, parait-il, le plan Nord qui devrait apporter tant de richesse. Le discours que nous souffle le vent du sud dit autre chose…

 Les hommes de la construction ont aussi quitté notre village, laissant une école nouvelle, grande et moderne ainsi que quelques histoires derrière eux.  La convention d’Avataq, organisme visant la protection de la culture inuite, a fêté dans notre petit village son 30e anniversaire, amenant avec elle bon nombre de personnes. Pour l’occasion, l’auberge Marie et Pierre-Luc affichait à nouveau complet. Eux aussi ont regagné le sud, comme les bernaches qui désertent de plus en plus le ciel du Nord.

Les aurores se font discrètes, sous fond de nuage, nous reprenons tranquillement notre bien-aimée routine nordique. L’école se stabilise après une si longue attente, l’homme repose ses muscles qui ont été durement mis à l’épreuve au cours des dernières semaines. L’été, qui semble être encore présente dans notre chère province nous paraît bien loin, surtout depuis l’apparition soudaine de quelques flocons venant d’un ciel blanc.

Une deuxième année s’annonce bien différente finalement, la découverte est toujours de la partie, mais sous une forme de compréhension, l’émerveillement y est toujours, mais son rythme est décousu. Le défi par contre est plus présent que jamais, une deuxième année me forçant à voir mes critères autoévaluatifs à la hausse. Ais-je déjà dis que j’aimais le Nord et ses défis?

Un petit récit, quelque peu décousu et tardif, fabriqué sur quelques semaines. Le temps n’était pas à l’écriture, ni à l’inspiration d’ailleurs. Les billets de Marinuit furent une belle transmission de mes pensées lors d’une première année, ils le seront probablement aussi lors de la prise deux, peut-être moins régulièrement par contre… L’assiduité de mes élèves a visiblement une influence! Mon rythme cardiaque se met en diapason avec celui de mon très cher village!




Taima

19062011

L’année nordique s’achève, dans quelques jours, nous regagnerons le sud, empruntant le chemin inverse des oiseaux migrateurs. L’heure est au bilan d’une première année d’enseignement, de découverte et autres tâches connexes.

Les petits moineaux nous scandaient déjà, en début de semaine, le nombre de jours restant avant l’atteinte des vacances tant attendues. Malgré ce qu’on nous avait dit, à l’exception faite des jeunes du secondaire, le taux de fréquentation n’a que peu varié dans le dernier mois, à notre grand bonheur. Une semaine de jeux, de ménage, de bon temps s’est donc déroulée dans la brume et la pluie de notre cher pays. Comme promis à nos adolescentes, une « girl’s night ». Cette soirée nous a permis un petit ménage de garde-robe et nombre de dons à nos chères filles, ravies de partager ce moment avec leurs enseignantes. Discussion, film de fille, cheveux et vernis à ongles, elles étaient reconnaissantes de la soirée de fin d’année offerte. Un barbecue était aussi organisé; au menu, les traditionnels hot-dogs à travers un vent du nord plus que frisquet. Bref, les bons moments en famille scolaire furent l’essentiel d’une semaine.

La fin d’année rime aussi, pour les professeurs, avec les bulletins, les rapports, le ménage (vider la classe pour les rénovations…ouf!) et l’organisation de tout le reste. Nous n’avons pas chômé, car l’organisation de « tout le reste » comprenait aussi la collation des grades. Mes premières finissantes, comme enseignante, ont reçu leur diplôme sous les applaudissements de la communauté, dans une soirée manœuvrée par le personnel de l’école. Tout a été mis en œuvre afin d’offrir à nos championnes une soirée parfaite, elles ont choisi les couleurs, le menu, les invités…On se permet de les gâter quand leur nombre se réduit à deux! Une soirée très touchante pour nos petits cœurs de profs. Julie et Maggie, l’une, maman d’un petit garçon d’un peu plus d’un an, l’autre, une résiliente avec laquelle la vie n’a pas toujours été facile. Malgré tout, vendredi, elles sont montées sur scène, le mortier sur la tête, pour obtenir leur dû… Vous le sentez peut-être, une très grande fierté m’envahit face à ces deux filles, elles représentent l’objectif, l’avenir. Le souvenir de cette cérémonie me laissera une boule d’émotion dans la gorge pour longtemps.

La direction, les membres de la communauté et des parents ont profité du micro de la soirée pour rendre hommage aux enseignants. Un message de reconnaissance qui nous a atteints droit au cœur, un merci qui vaut tous les diamants du Nunavik. Je dis à mon tour à la communauté ; nakurmik. En guise de cadeau, mardi (étant normalement notre dernière journée de travail), nous aurons une journée de pêche gratuite (le permis étant très dispendieux, mais surtout indispensable) offerte par la communauté. Pour la dernière fois de l’année, et la première fois sans glace, nous allons taquiner l’artic charr, le présent est très apprécié.

10 mois plus tard, je relis le premier billet de Marinuit. Juste parce que le bilan de fin d’année est nécessaire, juste pour mettre des mots sur les changements de notre vision.

Nous avons goûté : tuktu, nanook, arpik, maktak, qasigiaq, aappilattut, iqaluk, nerlek, umiumiaq et plus encore… (Traduction : caribou, ours polaire, baie orange, béluga, phoque, algues, poisson, oie et bœuf musqué…je l’accorde, le végétarisme n’est pas très  nordique).

Nous avons vu : L’eau sous toutes ses couleurs, dans la douceur et dans la force, un ciel émouvant par son soleil, sa lune, ses étoiles et surtout ses aurores. Nous avons vu une toundra troublante par sa grandeur, grouillante de vie malgré sa férocité. Nos yeux ont regardé l’hiver. Encore plus, ils ont vu un peuple.

Nous avons entendu : le chant du vent qui arrive du plus profond de la toundra avec toute sa puissance, le cries des oies qui ramènent le printemps, la vague qui arrive dans la baie, le son de la neige, du blizzard…Nos oreilles ont entendu la langue d’une population et le message qu’elle transporte.

Nous avons senti : l’odeur de la viande, qui sèche, qui cuit. L’air d’une nuit ensoleillé, l’huile qui brûle pour nous réchauffer, l’essence qui imprègne les vêtements après une randonnée de motoneige, la première neige qui s’installe dans les roches et même l’odeur d’un camion d’eaux usées…

Nous avons touché : des enfants qui cherchent un câlin, un rapprochement. Les plumes et le duvet d’une oie qui a rencontré le chasseur, la fourrure de l’ours qui fut trop téméraire, le poil d’un caribou qui courait encore quelques minutes auparavant, la neige qui craque dans le froid, des mains qui se serrent pour célébrer le retour ou la reconnaissance…

Nos cinq sens furent sollicités, émerveillés. Mais au-delà des oreilles, de la langue, des mains, du nez et des yeux, nous avons découvert et nous avons mieux compris. Comprendre un peuple en changement, découvrir une culture et une langue. Connaître des gens profondément humains, comprendre une histoire. Nous en sommes encore à nos premières découvertes, une autre année s’offre à nous pour approfondir notre compréhension. Il y a des choses que les yeux de peuvent pas voir, que les oreilles ne peuvent entendre, que la bouche…enfin, vous comprenez.!

Professionnellement, l’homme s’est surpassé, explorant mille et un métiers, développant talents et habiletés. Une année de découverte pour lui, de découverte sur lui. Pour ma part, je réalise qu’une première année d’enseignement, dans un contexte d’une troisième langue, dans une culture totalement différente et un contexte scolaire particulier, c’était tout un défi. La liste des ajustements est longue pour l’année à venir, mais malgré le sentiment d’incompétence parfois ressenti, les questionnements et les remises en question, je crois pouvoir affirmer, une fois les dossiers fermés, que j’ai donné le meilleur de moi-même.

Nous n’en avons pas terminé avec Kangirsuk, nous reviendrons. Ce qu’il y a de plus beau dans notre année, c’est notre rencontre avec une communauté qu’il nous a fallu apprivoiser, mais qui nous a beaucoup apporté, la découverte et la compréhension commencent par soi-même véritablement !

Évidemment, un dernier billet sous le thème de la rétrospective, parce que c’est nécessaire après une telle année. J’ai partagé avec vous notre quotidien, nos réflexions, nos découvertes. Vous m’avez donné votre soutien, votre intérêt, vos questionnements et surtout, votre « écoute » (drôle de mot pour exprimer votre lecture). Je ne sais pas encore si le blogue de Marinuit sera de retour en août, ou sous quelle forme il le sera. Cependant, j’ai l’impression de la mission accomplie, un billet par semaine, juste pour faire connaître notre terre d’adoption, juste pour donner des nouvelles à ceux qui comptent le plus. Merci à vous, lecteurs, qui ont donné raison à mon projet d’écriture.

Nous courons bientôt profiter de la toundra avant de regagner l’été (vous comprendrez bien que la saison estivale n’est pas encore tout à fait présente, la neige étant encore visible par endroits de la fenêtre…) Beaucoup de choses sont à faire, mais heureusement, ce n’est qu’un au revoir.

Marinuit

P.-S. Pour ceux d’entre-vous qui connaissait ma mission nordique secrète, sachez qu’il m’a fallu dix mois pour trouver ce que je cherchais. Celui qu’il me fallait trouver s’était caché sous un autre nom, j’ai tout de même réussi à le démasquer et à partager un souper avec lui… J’ai trouvé Kwananak !

 

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Taima (traduction libre : la fin)




Sans mots

12062011

Un court billet, parce qu’il y a des fois comme ça, il n’y a rien à dire. Un autre drame qui frappe notre petit village nordique, un évènement marquant qui apporte une profonde tristesse.

Un petit garçon, du haut de ses quatre ans, joue comme bien d’autre à travers le village sous un soleil radieux. Le printemps s’est installé à Kangirsuk, la chaleur et le soleil font rêver à l’été. Plusieurs heures s’écoulent, sans nouvelle du petit. Le village n’est pas grand, il ne peut être bien loin. Malheureusement, c’est avec la marée que le petit être a été rendu à ses parents.

Un drame comme il y en a partout, souvent. Un évènement qui horrifie, mais qui arrive pourtant, juste à côté, et dans notre cas, sous nos yeux, dans la baie que nous observons chaque jour.

Une petite communauté comme la nôtre vit les coudes serrés, par nécessité. Les chocs la parcourent donc d’un bras à l’autre. Nous sommes allés offrir quelques plats, quelques beignes, quelques biscuits pour une famille endeuillée. Des aînés, des parents, des tantes, des oncles et surtout des enfants, nos élèves étaient rassemblés dans le malheur. Ils ont perdu un fils, un neveu, un frère, un cousin. La communauté a perdu un de ses biens les plus précieux; un enfant. Le petit être à disparu dans les eaux de la chérie, la belle Payne River. Une tristesse indescriptible a envahi la communauté entière, la mort frappe tout le monde, inévitablement.

Je vous ai déjà dit que les Inuits doivent continuer pour survivre. Lorsque les élèves ont regagné l’école, après la journée de deuil, personne n’avait le cœur aux examens. Cuisine et bricolage pour nos petits, troublés. On oublie qu’il est difficile pour un enfant de comprendre, de savoir si c’est normal d’avoir de la peine… ou pas. Les infirmiers sont venus nous prêter main-forte afin de faire parler les élèves, exprimer l’émotion, l’innommable, mais aussi les images traumatisantes qu’ils avaient en tête. Nous disposons que de peu de ressources; pas de psychologue, pas d’appui extérieur à la communauté. Cette visite a permis aux enfants de nommer et de vivre les sentiments, et lorsque les larmes envahissent les yeux d’un petit, les valves s’ouvrent pour les autres, un moment d’une grande profondeur pour des si petits.

Les funérailles ont suivi, sous un soleil qui a réapparu le temps de la cérémonie. Un dernier hommage dans la langue du pays pour un petit disparu trop vite. Dès le lendemain, nous avons accueilli les grands frères, avec tout l’amour qu’on peut donner.

Une bien triste semaine, lourde en émotion, qui se termine sous les nuages et le vent nordique. La glace de la baie a cédé en une seule nuit, nous laissant revoir l’eau de la rivière; l’eau disparue sous les glaces depuis tellement longtemps il me semble. Dans une dizaine de jours, des vacances attendues pour les petits et les grands, les yeux sur la baie, on continue.

Marinuit

 

 

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Finalement juin

5062011

Le début de la fin, un décompte bien amorcé dans notre petit village… un but commun entre blancs et Inuits… atteindre la fin de l’année. Le mois de juin, long mois qui se termine par des vacances, mais qui s’étire en longueur pour une enseignante. Je n’apprécie pas plus la période des examens que lorsque j’étais moi-même sur les bancs d’école, forcée d’admettre que les évaluations apportent une ambiance plutôt déprimante. Heureusement, une dernière semaine d’ennui et de frustration (pour nos élèves surtout) devant nous, la dernière semaine étant consacrée aux plaisirs et à la fête que mérite la belle année qui se termine…

 Un jeune du village a sauvé un ami de la noyade, celui-ci sombrant à travers les glaces, il y a quelques mois. Cette histoire tragique s’est heureusement bien terminée, grâce à l’acte de bravoure d’un jeune homme qui n’a pas hésité à mettre en danger sa propre vie pour secourir la vie d’un autre. Le courage d’Alexander fut l’inspiration de départ du gala reconnaissance qui a eu lieu en début de la semaine. En dépit des robes commandées pour l’évènement qui nous sont parvenues seulement le lendemain (cher poste canada!), la soirée fut un succès. Diverses personnes ont, tour à tour, pris la parole pour exprimer leur reconnaissance pour des concitoyens qui ont démontré courage et détermination dans différentes situations. Une collaboration incroyable entre la municipalité et l’école pour cette soirée, un nouveau pas de franchi pour créer l’implication et l’intégration de l’institution scolaire et souligner le positivisme. Les Kangirsumiuts ont été inspirés par cette célébration, les commentaires et les remerciements étaient touchants, une tradition est peut-être née. 

Si la semaine s’étire parfois en longueur en raison de cette ambiance d’évaluation qui n’est guère réjouissante, la fin de semaine est d’autant plus attendue. C’est sous un agréable 9 degrés que nous avons profité du spectacle de la glace qui cède sous le soleil, créant de véritables torrents dans les montagnes (endroit où, l’été, un minuscule ruisseau coule et qui devient la piste de motoneige l’hiver). Sous un chaud soleil, étendus sur les rochers et la mousse, nous avons pleinement profité de la belle journée, le bruit de l’eau offrant une atmosphère apaisante. Les glaces ont aussi commencé à céder sur la baie, elles sont entraînées par la marée ce qui laisse voir l’eau vive comme nous ne l’avons pas vu depuis des mois. La marée fait son travail et la glace nous revient à grande vitesse guidée par les eaux puissantes. Les prévisions sont bonnes, d’ici la semaine prochaine, une grande partie des glaces devraient céder, nous laissant retrouver le paysage familier du début d’année. La nature, mélange impressionnant de force et de beauté.

Le barbecue géant étant encore en chantier pour l’homme, les nouveaux arrivants alias « les gars de la construction » ont eu envie de nous faire un cadeau. Livraison à domicile, la semaine dernière, d’un petit barbecue artisanal afin de profiter, à la manière estivale, des nombreuses viandes de notre pays. Entre amis, nous avons expérimenté la machine, deux fois plutôt qu’une cette fin de semaine. Un grand bonheur pour l’homme de retrouver ce symbole de l’été…même si le design de la chose est particulier! On tente réellement de se créer un semblant d’été…même si environnement canada nous annonce de la neige aujourd’hui! Ne voyez ici aucun découragement ou même plainte, mais bien une démonstration de ce que la toundra nous réserve.

Le nord, notre amour; on apprécie son humeur changeante, la face cachée de sa communauté et ce qu’il nous permet d’accomplir. L’heure des vacances approche, l’homme est prêt à partir, je suis prête à regagner le Sud. Le bonheur cependant c’est de partir retrouver notre monde d’origine en sachant que l’on reviendra dans notre monde parallèle!

Marinuit

 *Internet a bien collaboré pour les photos lors des dernières semaines, sa collaboration semble toutefois bien éphémère..

 




Vie sauvage

30052011

L’auberge chez Marie et Pierre-Luc a officiellement fermé ses portes pour la saison. Cléa, notre charmante colocataire artiste marionnettiste a jeté un dernier regard sur la toundra avant de partir vendredi matin. Elle a accompli son projet, jusqu’au bout, nous offrant comme final un spectacle teinté de magie ayant comme thème une des magnifiques légendes inuits; Luumaq. Si visuellement les élèves ont représenté avec beaucoup de beauté cette légende avec les masques et les marionnettes, la beauté était véritablement dans la légende elle-même et dans les yeux du public, heureux de se voir raconter, d’une façon différente et unique, un petit bout de leur histoire. L’expressive Clea fut très agréable à héberger, sa curiosité et ses réflexions nous donnant un regard nouveau à travers son regard neuf.

Luminosité incroyable, sans fin, interminable. Voilà le soleil du Nunavik. Les lueurs du jour ne nous quittent plus, toujours présentes, dans un coin de notre ciel. Évidemment, ce soleil nous vole nos heures de sommeil, la lumière qui perdure troublant psychologiquement Morphée, malgré l’opacité des rideaux, les tisanes et les journées chargées. Qui aurait cru que le manque de soleil de l’automne se supportait davantage que le surplus printanier?

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Cette photo a été prise de notre fenêtre à 1h00 du matin…

La neige a neigé, plusieurs fois cette semaine, redonnant un peu de blancheur à la toundra. Les motoneiges déjà rangées, nous avons vraiment cru la fin des excursions pour l’année. Tommy, lui, voyait encore la possibilité d’aller pêcher. Il a donc convié tout le personnel de l’école à une journée de plein air en un magnifique samedi. Nous étions un beau groupe de francophones, les seuls ayant répondu à l’invitation. Le village étant maintenant rocailleux, les motoneiges ont dû être transporté en camion jusqu’au point de départ, c’est-à-dire, ou se trouve la neige. Une neige mouillée et glissante nous attendait, rendant la conduite périlleuse et divertissante. Le vent nous a abandonné, offrant une journée parfaite; étendus sur la glace, les yeux rivés sur le fond de la rivière; la pêche était ouverte. Même si la rivière a offert très peu de prise, le bonheur du plein air nous plonge dans une sorte d’intemporalité indescriptible; les bernaches nous survolant avec leurs cris caractéristiques, des amis ravis de découvrir (ou de redécouvrir) une toundra sans cesse changeante et l’eau cristalline d’une rivière glacée . Une joie d’ailleurs de voir Tommy chanter l’hymne de la pêche aux poissons, en riant (comme toujours), pour offrir une prise aux moins chanceux d’entre nous…

La route de la toundra est ardue et périlleuse, et même si l’expérience est de plus en plus notre alliée, nous sommes conscients des dangers. Pour résumer l’essence du trajet, quelques motoneiges embourbées dans la gadoue bleu et limpide, une spectaculaire sortie de route et suivie d’une reprise du droit chemin à couper le souffle (50 mètres à franchir pour regagner la stabilité dans un mètre d’eau…!), des émotions assez fortes pour faire crier les hommes (les vrais! ) , bref une randonnée extrême. Nous avons regagné le village vers minuit, peu conscient de l’heure étant donné les lueurs toujours présentes. C’est le visage plus que rougi par le soleil et la tête encore une fois remplie de merveilleuses images que nous avons sombré dans un sommeil mérité.

Je vous abandonne à quelques images de notre périple, histoire de vous offrir un portrait de nos pensées. Je mets aussi fin à ce récit, puisque le soleil brille et que même si sa présence est intense, nous sommes toujours heureux de profiter d’une magnifique journée. Nous avons des oies à plumer, des poissons à vider et une toundra à aimer…Bonne journée !

Marinuit

P.-S. : J’ai abandonné la publication pour les oies. Nous voici de retour d’une autre journée de plein air, encore plus rouge, et émerveillés…de nouveau.

 

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La pêche et les »troueurs » de glace

 

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Que dire…Tommy dans son élément qui est plus que naturel…

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Encore et toujours la pêche, et une prise en action !

 

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L’homme et la dégustation en compagnie de papa Inuk dit Tommy…

Une belle prise pour moi, je parle à la rivière pour une deuxième !




Duvet, diamant et Cie

23052011

La communauté dans ce qu’elle a de plus beau à offrir. Quelque 10 mois plus tard, la découverte est toujours d’actualité pour nous,  blancs, vivant dans une petite communauté de la baie d’Ungava. Les réflexions sur cette société en changements sont constantes, perpétuelles par les difficultés, les enjeux sociaux et une riche culture que l’on peut expérimenter sur invitation.

Le retour des oies (en fait, ce sont des bernaches du Canada) se fait toujours attendre sur le village. Si j’ai pu en apercevoir quelques-unes survolant la communauté, la grande majorité de ces volatiles n’a pas encore atteint notre ciel. Elles sont en retard, comme beaucoup d’éléments naturels d’ailleurs. Les chasseurs descendent donc vers le sud pour trouver leurs proies, ramenant au village les bêtes en bonne quantité. Une fois les chasseurs de retour, c’est aux  femmes de faire valoir leur talent. Laura, Clea et moi avons donc pu nous faire enseigner l’art du déplumage; un cours offert aux jeunes mères de la communauté afin de faire perdurer les traditions à travers le temps. On nous a accueillis à bras ouvert, nous démontrant fièrement les méthodes anciennes pour retirer les plumes,  récupérer le précieux duvet qui sert à fabriquer parka et vêtements chauds ainsi que la coupe afin d’obtenir une viande rouge et délicieuse. Moment privilégié avec les femmes, discussions plus qu’intéressantes et partage enrichissant. C’est entre deux plumes que j’ai appris que les prospecteurs miniers avaient trouvé ce qu’ils cherchaient au sud de Kangirsuk. Du nickel en quantité et une possibilité de diamant, bref assez d’éléments pour faire apparaître des signes de dollars dans les yeux de ces gens…La communauté est en état d’alerte.

Pour faire suite à cette démonstration de savoir-faire essentiel dans la toundra, Kittie a organisé un cours de fabrication de bannock. La bannock (on prononce bannick) est un pain plat traditionnellement cuit sur une pierre plate sur le feu. Les nouvelles technologies permettant maintenant de la fabriquer dans le confort d’une cuisine, nous étions plusieurs à nous réunir afin d’obtenir la précieuse recette; une recette dont les ingrédients tiennent sur un « à peu près » et se mesurent en poignées…Mais quel délice! Après le thé et la dégustation, les gens ont commencé peu à peu à quitter. Le rassemblement se tenant dans la cuisine de l’école, quelqu’un devait fermer à clé. C’est ainsi que nous avons pu écouter deux merveilleuses personnes âgées nous raconter, en toute intimité, la vie d’antan…Ces yeux-là ont vu des changements majeurs dans leurs existences…L’arrivée des blancs, la sédentarisation, les postes de traite, la scolarisation et les missionnaires… autant de nouveautés apportent son lot de bons et de moins bons souvenirs. C’est dans un anglais approximatif, ponctué d’inuktitut et de signes que ces souvenirs furent racontés…

Les jeux inuits terminaient cette semaine très chargée professionnellement. Malgré la fatigue qui se fait sentir à travers le corps enseignant, ce fut une formidable journée de compétition pour les jeunes qui ont démontré talent et persévérance. Les jeux inuits sont une tradition sportive d’ici, et la force physique nécessaire pour accomplir certaines épreuves est impressionnante. Les règles sont très strictes; les sauts et la lutte en position assise représentent l’essentiel des disciplines. Une journée mémorable de complicité avec les élèves, un moment de répit en cette fin d’année. Les images parlent d’avantages que les mots

 

 

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Alors que le congé de trois jours se profilait avec bonheur, le maire du village nous a conviés dans la toundra. Cet ancien collègue nous a offert ce que l’on a surnommé avec humour l’« Ecosystem mayor tour ». Une balade dans le véhicule de fonction, commentaires à l’appui jusqu’à la baie d’Ungava. Encore une fois, des discussions intéressantes ayant pour sujet les projets de la communauté, la prospection minière, les problèmes sociaux, la sauvegarde de l’environnement; le passé, le présent et l’avenir. Cette balade m’a encore une fois fait entrevoir l’incertitude face aux changements, la volonté d’une part, la crainte de l’autre. Que faire avec ce plan Nord présenté comme étant une bonne nouvelle alors que le cœur dit autre chose…?

Ils viennent pour chercher des diamants, pour trouver la richesse. L’hélicoptère continue son trajet, à la recherche de ce qui brille, du trésor caché de la toundra. L’oiseau de métal n’aurait qu’à se poser dans une communauté, prendre le temps d’apprivoiser, de découvrir de comprendre. Alors à ce moment, ils prendraient conscience que le diamant de la toundra est dans les yeux de l’Inuk qui raconte, qui voit et qui vit…Le trésor c’est la culture, c’est la vie des gens et de la faune d’ici, vivant dans un certain équilibre, pour le moment.

Le soleil vole de plus en plus de temps à la nuit. Le sommeil nous manque, mais nous poursuivons, parce que le cadeau que la communauté nous fait, c’est de nous permettre la découverte, la compréhension et la réflexion. Le diamant de la toundra.

Marinuit

ps: Merci pour les commentaires, sur le blog, par téléphone ou par courriel…j’apprécie beaucoup votre intérêt pour notre petite aventure, et surtout, l’intérêt pour ce qui se passe au Nord sur 57e parallèles…

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Camp de chasse, en attente des bernaches …

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L’art du « déplumage »

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Le thé et la bannock, Clea et ses découvertes




Politiquement nordique

15052011

Avec le redoux, les oies ne sont pas les seules à regagner notre contrée lointaine. L’aéroport est très achalandé, un grand changement pour cette petite cabane généralement calme. Les « gars de Laval-Fortin » comme nous les appelons, sont revenus, avec leurs marteaux et leurs matériaux de construction, troublant quelque peu le silence matinal de notre petit village. Cette fois, c’est l’école qu’ils rénovent, offrant une toute nouvelle partie donc la création était déjà bien amorcée avant Noël. Les températures extrêmes empêchant cependant le travail extérieur au cours des derniers mois, les ouvriers ont déserté, pour mieux revenir avec le printemps.

Les travaux vont bon train, surtout avec cette lumière incessante que nous offre le soleil. Cette luminosité est envahissante, troublant les heures généralement consacrées au sommeil. Il est difficile de trouver un rythme de vie répondant au besoin physiologique de notre corps; se coucher au même moment que Galarneau est un défi psychologique. Si le manque de rayon était dérangeant en automne, le trop-plein de lumière est tout aussi troublant au printemps. Les lueurs de l’astre du jour parviennent jusqu’à nous tard le soir (10 h 30) et sont de retour au petit matin (3 h 30)… courte nuit. Les yeux de nos petits moineaux en témoignent d’ailleurs chaque matin à l’école…

La toundra est changeante, sous un printemps qui tarde à s’installer pour de bon. Elle nous offre du soleil et de la chaleur pour nous surprendre avec un blizzard dès le lendemain. La neige se retire tranquillement de notre paysage, les glaces qui recouvrent la baie semblent cependant déterminées à y rester accrochées. Les Inuits étirent le plus longtemps possible le temps de pêche, la toundra fermera bientôt ses portes aux motoneigistes et ceux-ci devront attendre que les glaces se retirent pour regagner le paradis qu’est up-river par la voie maritime.

Au-delà de mère Nature, les dernières semaines ont été vibrantes de politique dans notre monde parallèle. Nos concitoyens se sont rendus trois fois aux urnes en un court mois, pour tenter de faire une différence probablement. Nous avons désormais un nouveau maire. Après le décès tragique de celui qui occupait cette fonction plus tôt cet hiver, la « campagne électorale » a finalement eu lieu.  Peter a donc quitté ses fonctions d’enseignant de culture inuite pour gagner les bureaux de la municipalité. Les changements ne se sont pas encore fait sentir, mais inévitablement, il y en aura.

Le référendum; élément incontournable de la politique au nord dont l’enjeu est (grande simplification des termes) un gouvernement autonome et indépendant regroupant les trois grandes organisations au nord du 57e parallèle et donnant au peuple inuit un pouvoir sur ce qui les concerne. Nous avons suivi ce grand débat, du moins ce qu’on pouvait en comprendre, la langue officielle des échanges étant bien sûr l’inuktitut (le niveau 1 de l’apprentissage de la langue étant à peine atteint…). Le peuple s’est finalement prononcé, l’option du « non » a remporté le débat. Tristement, le lendemain, une collègue me dit : nous ne sommes visiblement pas encore prêts. Étonnant de refuser de reprendre le pouvoir? Plus ou moins. La responsabilité que cela engendre est très importante, et pour un peuple qui se fait « organiser » depuis tant d’années, la montagne semble énorme. À la manière de ti-poil, ce que les Inuits ont dit c’est, à la prochaine fois…

Finalement, les élections fédérales. Sujet sur lequel je resterais brève, pour plusieurs raisons. Notre région (Abitibi-Baie-James-Nunavik-Eeyou) compte en plus des Inuits, la population blanche de la Baie-James, celle du nord de l’Abitibi et plusieurs communautés autochtones. Les Inuits étant rouges par tradition, nous avons été surpris de voir la vague orange déferlée jusqu’ici et gagner la toundra. Un Cri comme député, une bonne nouvelle pour les communautés autochtones même si l’amour et l’amitié ne sont pas des termes décrivant avec fidélité la relation entre les Inuits et cette population de la Baie-James. Un vent de changement probablement…

Le plan Nord annoncé, les vendeurs sont déjà revenus dans le temple. Évidemment, ce fameux plan n’a pas la même signification en ce lieu… La carcasse d’un avion d’Hydro-Québec, écrasée à quelques kilomètres du village dans les années 60, rappel aux Inuits de passage vers up-river le barrage évité sur leur précieuse rivière. Plusieurs hommes, à la recherche de profit sont passés par ici, et jusqu’à maintenant, la destruction a été évitée, de justesse la plupart du temps. Les Inuits connaissent bien le regard de ces chercheurs d’or. Vous imaginez bien la réaction d’une communauté amoureuse d’une terre gelée face à ce type de projet. À la recherche de notre épicerie à l’aéroport, j’ai rencontré deux hommes brillants par leur suffisance…me questionnant sur leur présence, Eva, secrétaire tant apprécié qui m’accompagnait me dit seulement : écoute… J’ai alors entendu le bruit de l’hélicoptère arrivant sur la piste, venant récupérer ses charmants prospecteurs miniers… Un regard d’Eva analysant la pensée au fond de mes yeux m’a suffi pour comprendre… C’est la rage au cœur que j’ai regagné ma demeure sur cette terre que j’adore.

L’entre-saison, le début de la fin représente bien notre quotidien. Entre ce soleil trop présent, la chaleur qui brille par son absence et les activités hivernales remisées, nous nous inventons un nouveau rythme de vie. Le travail, encore et toujours, est différent. On ressent vraiment le vent de vacances parmi les petits et les grands. Il reste cependant plusieurs semaines avant de libérer nos élèves pour l’été, un petit coup de motivation et beaucoup de projets amusants à trouver pour réussir à garder ses petits moineaux dans l’antre de l’apprentissage. Un beau défi, encore une fois.

Marinuit

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Bain de soleil avec mes jolies élèves, nous sommes en création d’une bande dessinée à partir de photos de Kangirsuk

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Mon coup de coeur de la semaine ; Cléa (artiste qui réside à la maison) a demandé aux élèves de dessiner un héro de Kangirsuk ; Pierre-Luc est désormais un héros car « il ne nous laisse pas avoir faim »….J’adore ! (Pèr-Louk n’est pas si gros en réalité…)

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Les canots déjà installés sur la baie, ils attendent que la glace cède pour partir à la pêche…

 




Images d’un périple

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Je sais, j’ai un décalage horaire. Rien à voir avec l’heure, ici, le temps est plus important que le tic tac de la montre. En fait, mon retard est dû à deux jours chargés d’imprévus qui nous ont fait vivre des aventures, j’ose le mot, rocambolesques.

Tout d’abord, la semaine. Nos nombreux visiteurs amènent un vent de fraîcheur à l’école. La bande dessinée est à l’honneur dans les classes de français, à mon grand bonheur, moi qui découvre avec grand plaisir ce type littéraire depuis quelques mois. Les élèves font preuve de beaucoup de persévérance, ce qui est doux au cœur de l’enseignante. Malgré l’horaire chamboulé, je garde espoir en ma pédagogie. Littéralement, je fais mon « gros possible ». La fin de l’année se fait sentir, malgré les semaines qui nous séparent encore du 22 juin. Nos petits oiseaux sont dissipés, à nous de les gardés le plus longtemps possible dans nos classes, malgré l’appel de la toundra et les oies qui commencent à parsemés le ciel. Ce ciel bleu et immense que les différents volatiles envahissent. Plus tôt aujourd’hui, c’est un groupe de trois harfangs des neiges qui tournoyaient gracieusement à deux pas de l’école. Chapeau à la nature pour ce spectacle.

Les représentations de dame nature furent d’ailleurs nombreuses, dès le vendredi arrivé. Le printemps ayant finalement montré le bout de son nez et les balades en motoneige se faisant de plus en plus difficiles avec la fonte de la neige, l’appel up-river fut plus fort que tout. Une dernière pêche avant la fin officielle de l’hiver. Nous avons donc quitté notre charmant village en soirée, afin de gagner le site de prédilection. C’est un convoi d’une dizaine de motoneiges bruyantes qui zigzaguaient dans la vallée, sous un coucher de soleil splendide. Les gens qui ont mis à la mode les couleurs fluo sont probablement venus les pêcher dans ce ciel. La toundra comme nous ne l’avions jamais vue, le printemps l’ayant transformé une fois de plus. Le récit du trajet et la beauté observée pourraient être interminables, cependant, certaines choses sont bien dans la toundra et dans notre tête, pour la légèreté du texte, mais aussi pour l’inquiétude de certaines mamans…

Une trop chaude nuit dans la résidence secondaire du désormais célèbre Tommy qui nous avait généreusement offert le gîte. Un déjeuner de roi, gracieuseté Laura et Marc-André et nous étions prêts pour l’objectif ultime du voyage; la pêche. La rivière a pris son temps avant de nous donner du poisson, mais nous savons être patients. Sous les conseils d’expert, et en prenant le temps de parler à l’objet de convoitise et à la rivière, celle-ci s’est finalement décidée à exaucer nos souhaits. L’omble arctique pleuvait davantage sur nos amis inuits que sur nous même, l’expérience étant de leur côté. Un spectacle encore une fois magnifique, une glace bleutée, des amis étendus çà et là au-dessus des trous entourés d’une véritable mer de poisson. L’heure étant inutile en ce temps de communion avec la nature, nous étions forcés de constater que le soleil descendait, ce qui voulait dire que l’imprévue d’une deuxième nuit se pointait le nez. Un trajet à la pénombre s’annonçait trop dangereux; la sécurité avant tout. À la recherche de bois (dans la toundra?!), nous avons improvisé notre nuitée. Qu’à cela ne tienne, nous avions du poisson, un toit et de très bons compagnons de voyage.

Le lendemain, le désir de rentrer à la maison se faisant sentir dans le petit camp. Heureux de voir que notre désir s’était répandu à travers le petit Kangirsuk, nous avons mis le cap sur le village. Notre compagnon de voyage Elaija, vétéran de la toundra et rangers, s’est avéré le meilleur guide jusqu’à ce jour. Ces grandes connaissances et son flair furent très utiles pour éviter le maximum de danger. Le soleil ayant retrouvé sa splendeur après une matinée nuageuse, nous avancions doucement vers la maison. Nos amis n’en avaient cependant pas fini avec la rivière, même si les ramoutik débordaient littéralement de poisson. Nous nous sommes donc arrêtés pour prendre le thé, manger du poisson cru, du poisson grillé et finir ce festin par du chocolat. Un des plus beaux moments, les images étant précieuses dans ma mémoire, un véritable état de grâce. La gadoue prend la forme d’une douce glace concassée, que l’on boit une fois réchauffée, la meilleure eau. Rien avoir avec la boue citadine bordant les trottoirs. La pêche fut la suite logique, nous avions hâte de rentrer à la maison, mais l’Alounak sait attendre l’Inuk qui pêche. Patience et impuissance, car le blanc qui s’aventure seul est bien imprudent, nous le savons trop bien. Nous avons donc repris la route, quelques heures plus tard, dans un périlleux trajet. Épargne des détails encore une fois, l’adrénaline est cependant une puissante drogue qui vous fait sentir la terreur seulement plus tard…

Arrêt obligatoire près des montagnes, les perdrix y étant nichées, les coups de fusil ont brisé le silence. Les volatiles furent cependant sauvés par la distance, heureusement pour elles, le chasseur n’était pas déterminé à tuer. Un arrêt au cœur de la rivière, merveilleuse par sa beauté et sa clarté. La culture Inuit, la véritable.

Plusieurs kilomètres de toundra plus tard, nous avons pu regagner notre demeure. Nous avons retrouvé l’heure ; 8 h, dimanche soir. Épuisés par le plein air, la route et les émotions, nous avons mis le cap sur nos rêves.

Un lundi matin difficile, déboussolé par la splendeur, l’aventure et les moments magiques. On reprend le boulot, la tête pleine d’images, encore une fois des plus heureux de notre chance, de notre vie.

Je vous laisse avec une parcelle de ce qui fait désormais partie de notre mémoire…

Marinuit

*Plusieurs vidéos sont à venir, si l’ internet nordique le permet…

 

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Un prof dans son habitat naturel…avec des élèves et une pro de la B.D.

 

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uprivermai2011011.jpguprivermai2011080.jpg Une partie de la toundra et de l’aventure…




Lego, robot, marionnette et un prof

2052011

Alors qu’une toute nouvelle lumière perpétuelle et printanière s’installe sur Kangirsuk, le village est pris d’assaut par de nouveaux arrivants. Ils proviennent de partout et apportent du nouveau dans notre paysage nordique changeant. C’est ainsi qu’au cœur d’une semaine débutant par un blizzard et se poursuivant avec une petite déprime générale à l’école Saujuit, François et Yannick ont fait leur apparition, apportant avec eux des robots et des Legos.

Rien de pédagogique direz-vous peut-être…au contraire. La robotique est une science qui mérite sa place dans un cours au secondaire. Quel plaisir de construire, à l’aide d’ensemble Lego, des engins répondant aux commandes fournies par l’ordinateur et ordonnées par nos chers élèves. Un conflit cognitif dans le visage de certains jeunes, un bonheur pour mes yeux d’enseignante. Notre pro du Lego nous a aussi apporté un outil de communication formidable permettant à nos élèves de développer le langage et de mieux communiquer leur pensée et leurs émotions tout en manipulant le classique jouet. Une formation des plus pertinente et intéressante, donnant un peu de «pep » à mes compétences pédagogiques qui ont la vie difficile à l’occasion.

Alors qu’une grande partie des élèves se concentraient sur la construction et la compréhension, Johanna, une artiste bédéiste de la France nous arrivait avec la tête pleine de projet. Cette gentille dame propose des activités B.D. dans la classe francophone du primaire. Un accueil chaleureux l’attendait et c’est avec sérieux que les élèves se sont mis à l’œuvre. Un travail dont le résultat les rendra probablement très fiers.

Finalement, Cléa. Cette artiste de la marionnette a fait son arrivée vendredi et, étant donné l’organisation nordique désormais légendaire, nous avons décidé de la prendre sous notre aile pour la fin de semaine. Elle restera avec nous un mois, afin de faire découvrir une nouvelle forme d’art à nos élèves. Avec le succès des activités passées, je crois qu’elle aura une jolie bande d’artistes en herbe pour l’accompagner.

Des nouveaux visages, c’est bon pour le moral des troupes. Même si beaucoup d’amour et de complicité coulent entre les membres de notre famille adoptive, la proximité peut finir par être lourde à porter. De voir les yeux de ces gens de passage qui découvrent un monde qui leur est encore inconnu est très intéressant. Ces moments permettent de regarder rétrospectivement le changement opérer dans nos vies depuis notre arrivée dans la toundra. Nous apprenons de nouveau à nous émerveiller de ce qui nous entoure, à apprécier encore plus notre terre d’accueil est ses habitants.

On poursuit notre travail, au gré du vent de la toundra. Les petits moineaux que sont nos élèves repartent voler plus régulièrement loin de l’école avec le retour d’un temps confortable et des heures d’ensoleillement continuellement à la hausse. Ma réalité d’enseignante m’amène beaucoup de réflexion, la pédagogie étant un domaine qui peut devenir d’un flou particulier ici. Bien que nous apprécions toujours autant notre vie nordique, le travail demeure un grand défi pour moi; une troisième langue à enseigner, en utilisant des références culturelles qui ne sont pas les miennes et en tentant malgré tout d’ouvrir des petits yeux en amandes sur un monde si loin d’eux et pourtant présent. Un juste milieu à trouver et à maintenir. De plus, une structure à la déficience localisée rend la tâche plus complexe, provoquant un questionnement supplémentaire. Une belle expérience professionnelle, surtout par le défi qui est encore bien présent, même après plusieurs mois. On ne se décourage pas, je reste positive. Avons-nous le droit de se plaindre quand on vit une si belle expérience questionnait une collègue cette semaine….Je ne sais pas. Par contre, le 1-800-arrange-toi-avec-tes-troubles (et ça sonne occupé) pour citer notre Janie, semble trop populaire par moment!

Il reste maintenant 7 semaines avant la fin de notre première année nordique. Nous sommes des plus heureux de la décision de poursuivre l’expérience, car, si près du « sprint » final, on se dit qu’il nous reste trop de chose à faire, à vivre, à découvrir pour une si courte saison. Partir maintenant semble inconcevable. Sous un soleil radieux, observant la baie qui, devant notre fenêtre est brillante et prend des teintes de turquoise, je m’émerveille de la beauté d’un peuple et d’une toundra que les nouveaux arrivants nous permettent de redécouvrir… Bienvenue à Kangirsuk.

Marinuit

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La course de motoneige présentée sur la baie au milieu de la semaine. Sensations fortes, bruit de moteur et odeur de carburant, tout y était ! En attendant le départ les élèves font la course (à pied), des soleils humains et observe l’ambulance de l’occasion (enfin de la sécurité!)

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Notre belle cabane à sucre improvisée et des collègues heureux du sucre si délicieux !

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La robotique et le conflit cognitif, des petits (et grands) cerveaux à l’oeuvre…

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Scéance photo pour l’arrivée du printemps à Kangirsuk, un cours pour moi qui tente d’apprivoiser mon appareil et de rendre hommage à la toundra…




Neige et sucre

27042011

 *Le bilzzard a « temporairement » interrompu notre connexion internet. Deux jours plus tard, le blizzard est disparu et la connexion internet aussi…Elle n’est toujours pas revenue, voici donc (finalement) mon billet, écrit depuis plusieurs jours déjà. J’ai même dù trafiquer le réseau de l’école pour le rendre accessible…Un billet qui vient donc vraiment de loin!

Sous le soleil et le vent, les quatre jours de congé se profilaient devant nous. Objectif final d’une semaine chargée; écriture des projets pour l’année scolaire à venir, préparation des examens de fin d’année et implication au sein de différents comités. Une préparation complexe et stimulante qui me fait me questionner (encore!) sur la pédagogie et sur les interventions scolaires dans notre monde parallèle. Comment arriver à faire aimer l’école, à faire apprendre une troisième langue à des élèves pour qui l’école (culturellement) est une priorité de fin de liste? Malgré les six mois passés à enseigner ici, les questionnements sont encore aussi présents. 

Période de l’année où le sirop d’érable coule généralement dans nos veines, l’absence d’arbre ne nous a pas empêchés de nous sucrer le bec et de faire découvrir à notre petit monde le plaisir de l’or sucré. Le savoir-faire familial a donc permis une cabane à sucre improvisée derrière la maison, permettant aux collègues et amis de découvrir une partie de notre Québec et de savourer ce délice sur neige ! Activité fort appréciée dans notre hiver nordique (on cherche toujours le printemps) selon les commentaires… 

L’éloignement est davantage ressenti lors des périodes festives. Heureusement, nous avons une belle famille suppléante avec qui nous avons pu déguster un succulent repas. Steak de caribou et de bœuf musqué sur le barbecue (l’homme qui a renoué avec la cuisson, comme un chef!) et accompagnements divers signés les meilleurs cuisiniers de Kangirsuk. Un très beau moment pour cette famille de fortune et pourtant merveilleuse. Mon homologue inuit (orthopédagogue en inuktitut) s’est aussi joint à la fête. Lors de telle rencontre, nous demeurerons souvent entre « Alounak ». Un Inuk qui assiste à nos fêtes change automatiquement l’ambiance générale. Nous étions cependant heureux d’accueillir un nouveau visage dans notre cercle parfois restreint. L’hôtesse me questionne, on offre un verre ou pas ? La relation avec l’alcool étant particulière dans notre petit village, comme partout au Nunavik d’ailleurs, le code de conduite n’est pas très clair, le réflexe étant souvent de cacher, ou du moins de ne pas montrer la présence d’alcool à la maison. Néanmoins, la communauté s’ouvre à nous, on se doit de s’ouvrir à la communauté et d’être honnête. 

Nous avons passé une excellente soirée avec Lizzie, ses réflexions et ses histoires m’ont fait découvrir un autre morceau d’une culture et d’un peuple que j’apprécie davantage chaque jour. Il était intéressant d’avoir le point de vue inuit sur nous, Alounak (mot qui tient son origine de « gros sourcil et bedaine » caractéristiques généralisées des gens non inuits parait-il) et aussi un cours accéléré d’étymologie inuktitut. Politique canadienne, décideur du Nord, légende inuit et chanson traditionnelle, Lizzie nous a définitivement fait honneur de sa présence et de ses connaissances. 

Wiwi, c’est ce que nous sommes, personne non inuite francophone. Ce nom provient de notre tendance à répondre à l’affirmative la majorité du temps. En inuktitut, le français est d’ailleurs appelé WiWitiktut. Lizzie a provoqué l’hilarité en imitant notre accent québécois et étonné, elle qui s’exprime en Inuktitut et en anglais, par l’importance qu’elle accorde à notre langue. Un combat semblable à ses yeux, la sauvegarde du français, la sauvegarde de l’inuktitut. Cependant, elle n’a pas manqué de souligner que les francophones sont très expressifs et parlent très fort, elle dit repérer facilement les francophones dans l’école, notre langage dépassant largement les limites physiques de notre classe ! 

Une dernière journée de congé, un moment de retour pour plusieurs, qui avaient quitté le village lors du long congé pour le camping, la pêche, mais aussi pour une rencontre de lecture biblique organisée à Quartaq. Pierre-Luc retrouve ses chaudrons et moi, ma machine à coudre. Le soleil augmentant sans cesse ses heures de travail, les rideaux de notre chambre ont besoin d’un coup de main pour un sommeil profitable ! 

Un beau soleil, plus présent que jamais et pourtant nous sommes encore dans une torpeur hivernale. Nous ne désespérons pas de voir le printemps nous atteindre, voyant qu’il ne vous a que partiellement visité pour le moment ! La toundra suit son propre rythme et nous n’avons d’autre choix que de s’adapter, même si l’idée de porter des pantalons de neige en mai est plus ou moins attrayante ! 

Marinuit  (qui, au moment d’écrire ces mots, regarde le blizzard approché…printemps lointain…)







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